Interview par SL le 2 avr 2010 dans Critiques d'expositions

L’impossible photographie, Musée Carnavalet

Dans le quartier du Marais à Paris, les boutiques sont ouvertes même le dimanche. Il en est de même pour le Musée Carnavalet. Spécialisé dans l’histoire de Paris des origines à nos jours, il propose actuellement une exposition d’une photographie difficile à faire, celle des prisons parisiennes. En 1851, cela en concerne dix-neuf ; aujourd’hui, seule la prison de la Santé est encore en activité, y compris les dimanches et jours fériés.

La scénographie de l’exposition est conventionnelle, ce qui se prête bien au thème traité. Ici pas de fioritures, les photographies sont présentées dans des cadres sobres et juxtaposés souvent les uns aux autres pour éviter de faire “exposition d’oeuvres d’art précieuses”. Le reste de l’exposition est du même acabit : chaque sujet (Palais de Justice, Prison des femmes, Prison d’hommes, etc.) est montré dans un espace sobre et particulier où chaque légende exhaustive a sa place. Le processus fonctionne très bien ; on ressort de là instruit sur l’existence de ces photographies et l’histoire des prisons parisiennes. Pour ceux qui souhaiteraient en savoir davantage, une salle de documentation et de nombreuses rencontres autour de l’exposition sont disponibles. On peut toutefois regretter l’absence d’un site internet dédié à cet évènement et qui aurait perduré au-delà.
L’historien de la photographie trouvera également un intérêt à parcourir cette exposition. Il y découvrira des photographies inédites d’Eugène Atget et de Charles Marville, les travaux de photographes moins connus comme Hippolyte Collard, Pierre Emonts, Albert Brichaut et Henri Manuel, les photographies de Joseph Lemercier, magistrat et amateur photographe, les photomontages d’Eugène Appert. Il aura également l’opportunité d’observer l’évolution de la photographie anthropométrique à travers des photographies et des documents écrits. Enfin, il pourra comparer l’évolution de la représentation photographique du milieu carcéral entre, par exemple, les photographies inhabitées de Charles Marville, les photographies vivantes d’Henri Manuel et celles, colorées et contemporaines, de Jacqueline Salomon.

Car, pour terminer, cette exposition donne l’occasion de montrer des commandes et des travaux photographiques récents. Le premier présenté, celui de Mathieu Pernot, est lassant : sous prétexte de réaliser une typologie des “mauvaises herbes” en prison, il  affiche une succession de photographies rébarbatives. D’autres, à travers une approche photojournalistique traditionnelle, ont le mérite de pouvoir sensibiliser un large public à la réalité carcérale (les travaux de Pierre Jouvence, Olivier Aubert et Jacqueline Salmon). Reste le travail de Michel Séméniako qui suggère la personnalité de détenus à travers notamment des photographies d’objets leur appartenant. Amplifié par la diffusion dans la même salle de la pièce sonore d’Olivia Rosenthal, il évoque également avec finesse leur besoin commun d’évasion. Quant à Catherine Rechard, ses photographies de bidules usuels inventés par des détenus pour “moins mal vivre” sont remplies d’espoir de la débrouille, parfois de poésie, et cela fait du bien. Alors, pourquoi ne sont-elles pas plus nombreuses ?

Exposition L’impossible photographie, prisons parisiennes 1851-2010, Musée Carnavalet, 123 rue de Sévigné 75003 Paris. Jusqu’au 10 juillet. Ouverture du mardi au dimanche, de 10h00 à 18h00. Entrée 7 euros, tarif réduit 5 euros, gratuit jusqu’à 13 ans.

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