Concours photo

Notre magazine, en essayant de promouvoir et de défendre la parole des photographes, souhaite mettre en avant les mots autour du travail photographique.
L’image, dans sa diffusion sans limite, en particulier sur Internet, manque parfois cruellement de propos et personne n’est mieux placé que l’auteur lui même pour parler de son œuvre.
A l’issue de ce concours, vous étiez un grand nombre de participants et il a été difficile pour la rédaction de vous départager. S’il n’est pas facile de choisir un travail photographique plus qu’un autre, ajouter un propos personnel, poésie, prose, histoire, récit, aventure ou dialogue, rendait la tache encore plus délicate. Nous avons reçu une très grande variété de travaux dans les styles (presque toutes les types de photographies étaient présentées), et des propos très variés. Nous avons procédé soigneusement, noté, débattu, disputé…
Le gagnant du concours est Vincent J. Stoker
Il choisira un reflex numérique Canon ou Nikon offert par notre partenaire. Il lui sera proposé d’apparaître dans nos colonnes, sous la forme d’une interview sur son travail personnel.
![]() |
| LE CIMETIERE DES ELEPHANTS
Je marchais depuis trop longtemps, j’étais à bout de forces. J’avais transpiré, souffert ; je n’y croyais plus. Après les cols difficiles, ce lit de rivière asséché m’avait d’abord semblé un apaisement, un guide. Mais comme je le remontais depuis un bon moment maintenant, le doute m’étreignait à nouveau. Desséché, balayé par le vent, je me sentais devenir un fétu plus léger à chaque pas. L’horizon finit tout de même par s’élargir un peu, mince ouverture pour que l’espoir se faufile. Il me sembla deviner au loin des buissons verts posés régulièrement sur le lit de cailloux : décor de train miniature ou facétie de géant se jouant de mes angoisses ? Je n’entendais rien d’autre que le bruit de mes pas dérangeant les cailloux. Pas de crissement de métal, ni d’agitation animale, ni de présence humaine. Juste l’immensité minérale et désertique. Après bien des heures, je pus enfin distinguer les bosquets : mirages ? Improbables îlots de verdure dans un désert inhospitalier ? Curieux bosquets de métal ! Ce n’étaient que carcasses militaires exposées aux quatre vents, vestiges et tronçons de véhicules légers. Je n’en croyais pas mes yeux. Le maître des lieux n’était finalement pas si facétieux. Quelle idée de collectionner un jeu de meccanos dans un lieu pareil ! Pourquoi les découper ainsi ? Où étaient les roues ? Pourquoi ce lieu de désolation secret et inaccessible ? Par quelle main cauchemardesque était-ce possible ? Il me sembla tout à coup que les galets m’observaient, que mille paires d’yeux me scrutaient, que les lambeaux de métal se déplaçaient. Il me sembla que la souffrance des militaires qui avaient sombré là, avait pris le même chemin que moi et revenait ici hanter la mémoire. |
Le second prix est attribué à Aurélien Dumont
Il choisira entre le livre de l’Agence Magnum ou celui de Robert Mapplethorpe.
![]() |
| Le pas pressé des deux fait la paire qu’un chemin ne prenne la trajectoire en fuite des parallèles pressées. La course est tendue sur le pavé mouillé. La bordure en côte, assis sur la grêve, les yeux du premier observe la cadence du défilé. La reine sans cavalier, prise de panique s’enchaîne les pieds. Levant ainsi le mystère sur l’arrivée. |
Le troisième prix est attribué à Christophe Dillinger
Il choisira entre le live d’Annie Leibovitz ou d’Helmut Newton.
![]() |
| If I’d known then what I know todayI should have said something
It is not there anymore I can’t quite remember I wish I’d been there I could have gone It was too late She never did I hope it’s OK Instead Maybe Yellow |
Le quatrième prix est attribué à Charlène Maisonneuve
Elle choisira entre le coffret Roma en deux volumes ou le livre sur Peter Lindbergh.
![]() |
![]() |
Et parce que nous avons reçu tant de bons travaux, voici quelques clins d’œil à d’autres participants (par ordre alphabétique).
Fatiha Badrani![]() |
Ces flux de lumières témoigne de la rémanence du mouvement de danseurs que j’ai convié à s’exprimer devant mon objectif
pour tromper la rapidité d’exécution de l’artiste qui ne laisse souvent pas de place au souvenir du mouvement. C’est pour répondre à ces circonvolutions du temps qui passe, magnifiquement exprimé par la danse, que j’ai voulu inscrire en lumière cette énergie pour que tout un chacun puisse la graver dans son esprit. |
|
Eric diMarcantonio![]() |
Cette vielle dame a relevé son regard bleu vers moi, juste une fraction de seconde. Puis elle s’est replongée dans sa mélancolie, immédiatement absente. J’aurais voulu lui parler, lui dire que je la trouvais très belle mais j’ai seulement fait la photo, très vite et suis sorti sur la pointe des pieds. Cette vieille dame très digne survit dans un camp de réfugiés palestiniens dans le nord du Liban. Je pense à elle très souvent. |
|
Pierre Dolivet![]() |
La photographie, disait mon professeur, c’est d’abord un oeil. L’appareil photographique n’est rien d’autre que le prolongement de l’oeil … ensuite vient la technique et surtout beaucoup de chance ! Il y a bien longtemps que je vis à côté de cette usine. Tellement longtemps qu’à force, je ne la voyais même plus. Je m’étais aussi habitué aux effluves qui s’en échappaient et le tout, faisait partie de ma vie. |
|
| Un jour de 2006, par hasard, je prends rendez-vous avec le directeur de ce site, pour parler d’un projet de prises de vues, en rapport avec un autre projet qui est encore en friches : l’histoire des jardins ouvriers. Les usines, ont toujours mis à disposition de leurs ouvriers, un lopin de terre à cultiver et ce depuis le XIXè siècle. Ce fut également le cas chez ICMD depuis longtemps. Dans le courant de la conversation, ce directeur me dit « les jardins ouvriers, mettez les en réserve, nous allons fermer cette usine prochainement et il serait intéressant de fixer sur la pellicule un souvenir de ce site, car il est appelé à être rasé ! » J’avais bien sûr entendu parler de cette éventualité, mais cela me paraîssait tellement énorme et après tant d’années, tant de bons et loyaux services prodigués à l’industrie locale, tant de médailles d’or de la sécurité récoltées et tant de générations de mulhousiens qui ont, de père en fils, fait tourner cette usine … d’autant que des modernisations récentes avaient été mises en oeuvre, cela me paraîssait incroyable, impossible même. Mais ce directeur insista et me dit « vous venez quand vous voulez, vous faites les photos que vous voulez, mais prévoyez un agenda rapidement, car une fois le processus entamé, il faudra suivre [...] ». Aussi, ce fut une chance (comme disait mon professeur) d’avoir été là au bon moment et d’être tombé sur quelqu’un qui comprend ce que représente un patrimoine, qu’il soit industriel ou autre. Ce directeur n’est plus là, l’usine non plus d’ailleurs. Elle à été rasée en un peu moins de deux ans. Il reste aujourd’hui une surface qui correspond à dix terrains de foot-ball, avec, au milieu de ce désert, quelques bâtiments bien seuls ; cette friche industrielle n’a pas d’affectation connue pour le moment. J’ai par conséquent pu circuler, en toute liberté avec mon appareil photo et mon oeil curieux. Je me suis projeté dans la tête de ceux qui ont travaillé toute leur vie dans cet endroit et qui devaient aujourd’hui, participer à sa déstruction. Parfois, en voyant ce gâchis monumental, j’avais envie de hurler « au fou » … J’ai photographié les immenses pelleteuses, les «Caterpillar » « Liebherr » et autres monstres d’acier, entrain de démembrer et torturer, avec une précision redoutable, cette « vieille dame » de plus de 115 ans … C’était un voyage formidable et tragique à la fois au coeur d’un monde industriel. Ouvriers, techniciens, ingénieurs, tous unis pour une même cause : bien faire ce pourquoi on les a sollicités … Le monde du travail est formidable, les hommes aussi. Ils sont capables du meilleur comme du pire. Cette usine, dont le fleuron pharmaceutique à été cédé à un groupe indien, n’était du coup plus rentable pour les actionnaires. Alors, on l’a supprimée … |
||
Julien Dorol![]() |
Je déambulais sereinement dans les rues d’une ville népalaise aux allures médiévales. Le temps était humide, il allait certainement pleuvoir. Le soleil, filtré par la couche de nuages, diffusait une douce lumière à la teinte dorée. Après quelques détours et coins de rues, j’arrivais sur l’une des places principales de la ville : un grand espace pavé de briques rouges qui fait office de parvis d’un temple hindouiste qui trône fièrement au bout de la place. | |
| Je m’avance devant le vieil et imposant édifice et aperçois, assis à l’entrée, un personnage à l’allure singulière. Il s’agit d’un mendiant qui à élut domicile sous le porche du temple. Celui-ci croise mon regard, puis, sous son épaisse barbe blanchâtre, me tend un sourire. Je le salut en joignant les deux mains et celui-ci, d’un geste de bienvenue, m’invite à m’installer sous le porche et y passer un moment. J’accepte cette invitation et m’assoie à l’une des extrémités du porche.
De ce promontoire divin, j’observe l’effervescence de la place et me perd dans mes pensées. Je contemple cette scène à l’allure théâtrale qui prend parfois des airs de comédie : des enfants qui se disputent un cerf-volant, des chiens qui se courent après, des chèvres qui errent sans but aux quatre coins de la place, des femmes vêtues de somptueux saris vivement colorés, des anciens qui regardent passer le temps, des tracteurs transportant fruits, légumes, poules, poteries… toute cette vie défile inlassablement devant mes yeux. J’imagine qu’il y a quelques siècles, la même scène se jouait de la même manière. Un vieil homme vint s’asseoir non loin de moi et scruta cette douce effervescence, juste pour laisser filer le temps. Une légère pluie se mit finalement à tomber. Les Pavés normalement d’aspect mat et rugueux, se mirent à luire, réfléchissant la douce lumière ambiante. La place sembla alors se draper d’une étoffe tissée de fils d’or et tous ces pavés rayonnèrent tel des lingots en plein soleil. L’ambiance était incroyable, presque irréelle. Le vieil homme installé près de moi, comme inspiré par cette paisible atmosphère, se mit à fredonner un air traditionnel quelque peu mélancolique. Sa voix, érodée par les années, était en parfaite harmonie avec les lieux et rendait cet instant magique. Tous les éléments semblaient s’être réunis pour m’offrir ce sublime spectacle. Adossé au vieux murs du temple, j’étais apaisé, serein, détendu et profondément ému par tant de beauté. Je me disait alors que le mendiant ne m’avait pas invité sous ce porche pour rien. C’était comme-ci celui-ci, tel un gardien du temple, m’avait dit : - »viens donc prendre le temps de découvrir ce que cet endroit ancestral a à te montrer. Viens écouter ce que ces murs, chargés de centaines d’années d’histoire, ont à te transmettre. Poses toi et observe sereinement. » Je repartais du temple totalement serein et je saluais respectueusement le « gardien du temple » avant de descendre les marches. Je n’ai pris la photo de ce Gardien peu banal que quelques jours après. Je suis revenu plusieurs fois sous le porche du temple pour m’y détendre, lire, écrire, réfléchir et le mendiant m’invita à chaque fois de la même façon. Parfois, il est bon de ralentir, voir même s’arrêter. Savoir laisser filer le temps sans avoir d’impératifs car, en perdant du temps, on y gagne quelques fois beaucoup. |
||
Laurence Lemaire![]() |
L’art de faire sécher sa petite-culotte en Chine. Le linge s’exhibe, une fois propre, au public. Il faut que ça sèche. Il faut que ça se sache… Sans retenue, sur un fil traversant la rue. C’est plutôt culotté. | |
Julien Minard![]() |
Deux hommes au tee-shirt jaune d’or arpentent la plage. Appelons-les, comme à l’habitude, des “maîtres-nageurs”. Il y a beaucoup de noyades dans les eaux indiennes. L’océan n’est pas souvent calme et peu de gens savent nager. Devant Marina Beach, à Chennai, un panneau rappelle, sous forme de tableau, le nombre de morts des dernières années. Ça tourne autour de sept cents par an avant 2007 pour cette seule plage. Des coups de sifflet se font donc régulièrement entendre, en général pour de jeunes gars rigolards qui vont trop loin (de l’eau jusqu’au cou), cependant que leurs mères, restées juste au bord de l’eau, s’arrachent déjà les cheveux.La pensée que les deux maîtres-nageurs puissent ne pas savoir nager m’était venue à l’esprit ce jour-là. Parfois, le mystère qui entoure le recrutement, à des positions stratégiques, de certaines personnes totalement incapables ne rend pas l’idée si incongrue (si vous ne voyez pas de quoi je parle, je vous invite à vous rendre à Mumbai, aux bureaux d’une grande compagnie aérienne, que je ne nommerai pas, afin de ne pas faire de tort à ALITALIA). | |
| En lieu de bouée, le premier maître-nageur dispose…d’un bâton. Ce n’est pas pratique pour nager. Le sifflet associé au bâton, cela fait plutôt milicien. Ça laisse à penser qu’ils sont là non pour sauver des gens qui se noient mais pour finir le travail à coup de gourdin sur la citrouille ! Pour en avoir le cœur net, je demande au deuxième, très gentil d’ailleurs, et qui parle cinq langues…, s’il lui arrive d’aller dans l’eau, de sauver des gens au large. Il réplique tout de go « ah non c’est pas notre boulot, nous on est juste en charge des bords… ».La question de savoir s’ils pouvaient nager ou pas n’était donc pas la bonne façon de poser le problème. | ||













